Comment créer un club deal immobilier en France : le guide 2026

Club Deal
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Qu'est-ce qu'un club deal ? Pas un cadre réglementaire, mais un format d'investissement

Contrairement à une idée répandue, le terme « club deal » ne désigne pas un cadre juridique ou réglementaire précis. Il n'existe aucune définition légale du club deal en droit français. C'est un format d'investissement qui répond à une logique simple : réunir plusieurs investisseurs, mais pas trop, autour d'un deal spécifique et identifié.

Le point fondamental qui distingue un club deal d'un fonds d'investissement classique, c'est l'absence de gestion discrétionnaire. Dans un club deal, chaque investisseur sait exactement dans quel actif il investit. Il n'y a pas de gérant de fonds qui décide de l'allocation à sa place. C'est une distinction cruciale sur le plan légal : si l'opérateur décide seul de l'allocation des fonds collectés vers différentes opérations, on bascule dans le territoire des Fonds d'Investissement Alternatifs (FIA), avec un cadre réglementaire bien plus lourd et contraignant.

Ce risque de requalification en FIA est un sujet que beaucoup d'avocats généralistes maîtrisent mal. La frontière entre investissement non discrétionnaire et gestion discrétionnaire est subtile, et les conséquences d'une erreur peuvent être lourdes. C'est pour cette raison que chez Collect, nous travaillons exclusivement avec des avocats partenaires spécialisés sur ces problématiques de structuration.

Les cadres réglementaires possibles : tout dépend de votre cible

Il n'existe pas un cadre réglementaire unique pour les club deals. Le cadre adapté dépend entièrement de votre cible d'investisseurs :

Si vous ciblez des investisseurs particuliers, les règles d'offre au public de titres financiers s'appliquent, avec des exemptions possibles selon le nombre d'investisseurs et les montants levés. Le seuil des 150 personnes et la notion de cercle restreint sont des mécanismes clés à maîtriser.

Si vous ciblez des CGP (Conseillers en Gestion de Patrimoine), le cadre change radicalement. Les CGP opèrent sous statut CIF ou IAS, et le produit que vous leur proposez de distribuer doit être compatible avec leur propre cadre réglementaire. C'est là que la majorité des erreurs se produisent.

Si vous ciblez des family offices ou investisseurs professionnels, d'autres exemptions et mécanismes sont disponibles, souvent plus souples mais avec des tickets d'entrée plus élevés.

L'erreur classique consiste à choisir un cadre réglementaire par défaut ou par méconnaissance, sans le calibrer sur la cible réelle de distribution. Le cadre légal n'est pas une formalité administrative : c'est un choix stratégique qui conditionne toute la chaîne de distribution.

La structure du véhicule : SPV collectif ou SPV individuel

Une fois le cadre réglementaire défini, il faut structurer le véhicule d'investissement. Deux grandes approches existent :

Le SPV collectif avec obligations traçantes. Tous les investisseurs entrent dans une même société (le SPV), qui investit ensuite dans l'opération. Les obligations sont dites « traçantes » car elles sont fléchées vers un actif précis. L'avantage : c'est plus simple à mettre en place. L'inconvénient majeur : le risque de contamination. Si un investisseur a un problème (saisie, litige, défaut), cela peut impacter l'ensemble des investisseurs du véhicule.

Le SPV individuel. Chaque investisseur (ou groupe d'investisseurs) dispose de son propre véhicule, étanchéisé des autres. C'est la solution la plus propre en termes de protection et de gouvernance. L'inconvénient : les coûts de structuration sont plus élevés, ce qui rend cette option viable uniquement lorsque les opérations sont suffisamment grosses pour absorber ces frais.

Le choix entre ces deux approches dépend du volume de l'opération, du profil des investisseurs et du niveau de protection souhaité. Il n'y a pas de réponse universelle : c'est un arbitrage à faire au cas par cas.

Les instruments d'investissement : quatre options à connaître

Dans un club deal, les investisseurs peuvent souscrire via différents instruments. Chacun a ses caractéristiques, ses avantages et ses implications juridiques et fiscales :

L'obligation à taux fixe. L'investisseur prête une somme et reçoit un coupon fixe (par exemple 8 % par an). C'est le plus simple à comprendre et à distribuer. Le rendement est prévisible, le risque est encadré par un contrat de prêt. En revanche, l'investisseur ne bénéficie pas de l'upside si l'opération surperforme.

L'obligation à taux variable. Le mécanisme est similaire, mais le coupon est indexé sur la performance de l'opération ou sur un indice. Cela permet de capter une partie de la surperformance tout en maintenant un cadre obligataire.

Les actions ordinaires. L'investisseur devient actionnaire du SPV au même titre que l'opérateur. Il participe aux gains comme aux pertes, au prorata de sa détention. Simple, mais sans mécanisme de protection spécifique.

Les actions de préférence. C'est l'instrument le plus sophistiqué et souvent le plus adapté aux club deals destinés à des investisseurs privés ou distribués via des CGP. Les actions de préférence permettent de construire un waterfall : l'investisseur est remboursé en priorité, reçoit un dividende prioritaire, et ne partage la surperformance qu'au-delà d'un certain seuil. C'est un mécanisme puissant pour aligner les intérêts de l'opérateur et de l'investisseur. Nous détaillons ce mécanisme dans notre article dédié aux actions de préférence.

Les étapes clés pour lancer son club deal

Lancer un club deal structuré et conforme implique de suivre un processus rigoureux :

Définir sa cible d'investisseurs. C'est la première décision, et elle conditionne toutes les suivantes. Particuliers, CGP, family offices ? Chaque cible implique un cadre réglementaire, un instrument et un discours commercial différent.

Choisir le cadre réglementaire adapté. En fonction de la cible, se faire accompagner par des avocats spécialisés pour définir le bon cadre. Ne pas prendre de raccourci à cette étape.

Structurer le véhicule et l'instrument. SPV collectif ou individuel, obligation ou action de préférence : chaque choix a des implications sur la distribution, la fiscalité et la protection des investisseurs.

Choisir la plateforme de collecte. La plateforme doit être adaptée à votre cible : un particulier qui investit 10 000 € n'a pas les mêmes attentes UX qu'un family office qui investit 500 000 €.

Préparer la documentation juridique et commerciale. Pacte d'actionnaires, note d'information, plaquette commerciale : chaque document doit être calibré sur la cible et le cadre réglementaire.

Lancer la levée. Activer les canaux de distribution, animer le réseau de CGP ou contacter les investisseurs directs, suivre la collecte en temps réel.

Les erreurs à éviter quand on lance son club deal

Choisir un statut réglementaire non adapté à sa cible de distribution. C'est l'erreur la plus fréquente et la plus coûteuse. 9 opérateurs sur 10 qui souhaitent distribuer leur club deal via des réseaux de CGP se trompent de cadre légal. Le résultat : un produit potentiellement excellent que les CGP ne peuvent pas distribuer, ou pas dans les bonnes conditions. Tout est à refaire.

Utiliser une plateforme non adaptée à la cible. Une plateforme conçue pour des investisseurs retail ne conviendra pas à des family offices, et inversement. Le parcours de souscription, le KYC, le KYB, le reporting : tout doit être calibré.

Sous-estimer la complexité UX du KYC/KYB. Un parcours de souscription trop long, trop complexe ou mal conçu tue la conversion. L'investisseur abandonne, le CGP ne repropose plus le produit. L'expérience utilisateur est un facteur clé de succès, souvent négligé par les opérateurs techniques.

Vouloir trop vulgariser. Un investisseur qualifié ou un CGP attend de la rigueur et de la précision. Trop simplifier le discours commercial peut donner une impression d'amateurisme ou masquer des zones de risque. La pédagogie est essentielle, mais elle ne doit jamais se faire au détriment de la crédibilité.

Se faire accompagner pour éviter les pièges

Structurer un club deal qui fonctionne, c'est-à-dire un club deal qui lève effectivement des fonds, demande de maîtriser simultanément le juridique, le réglementaire, la tech et le commercial. Chez Collect, c'est exactement ce que nous faisons : nous accompagnons les opérateurs de A à Z, de la structuration du véhicule jusqu'à la distribution auprès des investisseurs et des CGP.

Prenez rendez-vous avec notre équipe pour échanger sur votre projet et éviter les erreurs classiques dès le départ.